Formée dès l’adolescence à Glasgow, elle est l’une des premières femmes officiers de l’Armée du Salut en France. Avec une conviction simple : L’évangile doit être présenté à tout être humain car il libère et relève même les plus bas tombés et elle s’émeut tout spécialement des femmes seules, pauvres, rejetées ou maltraitées par la vie qui ont droit à la dignité.
À l’époque, aucune structure d’envergure ne leur est dédiée. Les foyers sont rares, précaires, presque toujours réservés aux hommes. Blanche Peyron agit pour que les choses changent, sans craindre d’affronter politiques, industriels et bourgeois hostiles à l’émancipation des plus pauvres.
Blanche Peyron croit au travail, à la formation, à l’écoute. Elle refuse l’assistanat, préfère la main tendue au discours, l’action à la théorie. Elle milite aussi pour des foyers mobiles, des dispensaires, et même des campagnes de prévention. Une femme seule avec un enfant ? Une prostituée en danger ? Une femme de chambre maltraitée ? Toutes sont accueillies avec bienveillance, sans jugement. Le principe d’accueil inconditionnel, cher à l’Armée du Salut, prend ici tout son sens.
Son engagement porte les germes des actions actuelles de l’Armée du Salut auprès des femmes vulnérables : hébergement, accompagnement, reconstruction. En créant des lieux de répit et d’espoir, elle a posé les bases d’un travail social exigeant, humain et durable.
Le Palais de la Femme, lieu central du roman Les Victorieuses de Laetitia Colombani, est un des symboles les plus forts de l’action de l’Armée du Salut. Lieu bien réel inauguré en 1926 dans un ancien hôtel de la Belle Époque du 11e arrondissement, il offre depuis près de 100 ans un refuge à des milliers de femmes.
Ce que ce livre raconte, à travers ses personnages de fiction, c’est une réalité quotidienne pour des milliers de personnes accompagnées par l’Armée du Salut : la vulnérabilité, la reconstruction, le lien retrouvé, la dignité reconnue. Ce ne sont pas seulement des actions sociales, ce sont des rencontres humaines. Des histoires d’écoute, de patience, d’engagement.
Extrait du livre Sur le chemin qui monte de Blanche Peyron
Dans quelques jours sera inauguré notre grand foyer féminin… Il portera le nom de Palais de la Femme et sera, en notre bonne ville de Paris, le home passager ou permanent de centaines de femmes et jeunes filles, vaillantes travailleuses. Le 23 juin (1926) les grandes grilles s’ouvriront et des milliers de visiteurs entreront. Un membre du Gouvernement présidera la cérémonie d’inauguration, à laquelle le Président de la République se fera représenter ; notre Général, Bramwell Booth, à qui nous devons en grande partie la réalisation de ce projet, sera présent, il parlera et présidera ensuite à la consécration religieuse de l’institution.
Aujourd’hui, je voudrais en quelques lignes brèves, tirer le voile et montrer quelque chose des souffrances cachées qui ont été l’inspiration poignante de ces mois derniers et une des causes de succès. Quelques extraits des huit cents lettres reçues à ce jour :
Je m’adresse à vous. Je paie 300 francs pour ma chambre d’hôtel. Je gagne 12 frs 40 par jour à l’atelier… J’ai un enfant de 15 mois et puis, ayant perdu mes parents, j’ai un petit frère et une sœur entièrement à ma charge. Moi, j’ai une déformation de la colonne vertébrale.
Pour arriver à équilibrer mon petit budget, je travaille jusqu’à une heure très avancée de la nuit, et le matin je suis levée à 5h30 pour faire mon ménage, conduire mon enfant à la crèche avant d’aller à la fabrique.Madame, je n’en puis plus. Oh ! ne pourriez-vous pas faire quelque chose pour moi ?
J’ai 20 ans et suis seule à Paris ; mes parents sont au Maroc ; je suis employée de bureau ; mais je gagne peu ; il m’est difficile d’arriver à vivre, car j’ai un gros débours pour mon loyer.
Je suis une jeune fille de 18 ans, pour ainsi dire délaissée et livrée à moi-même. Mon vieux père habite la province et peut à peine subvenir à ses propres frais. J’ai perdu ma mère très jeune. Je voudrais trouver un abri autre qu’un bouge ou un hôtel borgne.
Votre œuvre est si belle, Madame, je veux l’aider, voilà
Je suis de passage à Paris, me dit une dame américaine ; à Boston, mon mari et moi aimons l’Armée du Salut. Hier soir, je traversais un pont sur la Seine, et me penchant, je vis sur la berge une femme accroupie, qui dormait. Je me suis dit : Que faire ? Lui donner de l’argent… Cela ne lui procurera pas un lit, alors je me suis souvenue d’un article lu hier dans le New York Herald, sur votre nouvelle institution, et je viens vous apporter une chambrette
Quelle épopée de souffrance, de sacrifice, de générosité, de travail, pourrait être écrite en l’honneur du Palais de la Femme !