Le bâtiment qui abrite aujourd’hui le Palais de la Femme est construit en 1910 par les architectes Auguste Labussière et Célestin Longerey. Imaginé à l’origine comme un hôtel populaire pour hommes, il compte alors 750 chambres et de nombreux espaces collectifs, offrant un confort rare pour l’époque.
Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, l’hôtel est réquisitionné et devient un hôpital militaire secondaire, accueillant des soldats blessés en convalescence. Après la guerre, il est utilisé comme annexe du ministère des Pensions avant d’être progressivement abandonné.
En 1926, lorsque l’Armée du Salut souhaite acquérir le bâtiment de la rue de Charonne, elle n’en a pas les moyens financiers. Une campagne de souscription nationale est alors lancée, et les Parisiens y répondent massivement : des milliers de dons, souvent très modestes, sont recueillis. Un grand élan de solidarité qui a permis de racheter l’immeuble et de le transformer en lieu d’accueil pour les femmes seules et en difficulté. Cette mobilisation populaire est restée célèbre : on disait alors que le Palais de la Femme était « acheté par un sou de chacun ».
Le couple Albin et Blanche Peyron, figures emblématiques de l’Armée du Salut en France, a porté ce projet. Blanche Peyron deviendra d’ailleurs la première directrice du Palais de la Femme. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2003, pour les éléments remarquables comme la façade, la toiture, les verrières, le hall et l’escalier.
Le 23 juin 1926, le Palais de la Femme est officiellement inauguré, sous la présidence de Gaston Doumergue, président de la République.
Face à la pénurie de logements sûrs pour les femmes seules à Paris, Blanche et Albin Peyron, figures majeures de l’Armée du Salut en France, portent un projet novateur : créer un grand foyer pour jeunes ouvrières, surnommées les « midinettes ». Grâce à une campagne nationale de souscription (« 1 000 francs = une chambrette »), le bâtiment est racheté et réhabilité.
Le Palais de la Femme fait l’objet d’une importante réhabilitation, permettant de moderniser les espaces tout en préservant le patrimoine architectural. L’établissement est restructuré pour répondre aux enjeux contemporains de l’hébergement et de l’accompagnement social.
Il est désormais composé de 350 logements pouvant accueillir 400 personnes.
Aujourd’hui, le Palais de la Femme accueille près de 350 femmes, accompagnées par des équipes pluridisciplinaires. La précarité a changé de visage : aux anciennes ouvrières célibataires ont succédé des femmes migrantes, des mères isolées, des retraitées sans ressources ou encore des victimes de violences. Le bâtiment, rénové entre 2006 et 2009, s’est adapté à ces nouvelles réalités sans perdre de son esprit d’origine : un accueil inconditionnel pour toutes celles qui en ont besoin. Il abrite désormais également un café social, une médiathèque, une crèche, une galerie d’exposition et des activités ouvertes au quartier, dont des cuisines partagées pour favoriser l’insertion dans le tissu social de proximité. Cette ouverture à l’environnement urbain témoigne d’une fidélité à la mission initiale : accueillir dans la dignité, mais aussi relier les individus à la vie sociale, culturelle et économique.
Le Palais de la Femme célèbre un siècle d’accueil, de solidarité et d’engagement. Une année ponctuée d’événements pour faire mémoire, donner la parole aux personnes concernées et affirmer l’avenir d’un lieu emblématique de l’action sociale.